Tu avais d'abord été vivante, à la manière ordinaire. Sous l'apparence de tes vingt ans. Un âge ou seul le mot mort m'enivrait. D'abord, tu avais fait quelques efforts pour te décoller et pouvoir rentrer chez toi comme si de rien n'était. Puis, un soir, il y avait eu un regard de trop, comme une lourde pierre posée sur ta poitrine. Vie mécanique, tu avais senti dans tout ton corps que tu ne pourrais plus rentrer. Alors, tu as fondue dans le mur. Un éclat, tout près d'un jardin.
Qu'ils te dévisagent tant qu'ils veulent, maintenant. Qu'ils te recouvrent de traits noirs, qu'ils te hachurent. Qu'ils aient le courage d'aller jusqu'au bout de leur regard. Toi, tu étais libre, évadée, légère de tous les carcans.
L'eau du fleuve est noire, sans fond. La nuit vit ses dernières ombres. Nous nous retrouvons, sur la berge. Tu me racontes longuement tes gestes de sommeil. De savoir que tu ne m'as pas oublié me fait autant de bien qu'une longue nuit de sommeil. J'arrive même à plaisanter.
Pour la journée, tu retournes dans le mur. Avec le temps, il se couvre peu à peu, brique par brique, de nos rêves, de couleurs, de nos dialogues suspendus entre le ciel et l'eau et de mes regards vers toi.
Texte© Dhimwoe
Photo© L.C.