
Nous avons rêvé il y a peu de jours de partir à pied et d'arriver à pied. Nous ne figurons pas dans ce paysage. Nous passons sur l'autre bord du fleuve. C'est bien. Nous avons éclaté nos coeurs. Pour le reste, nous avons rêvé. Ça n'a pas beaucoup d'importance : nous ne figurons pas dans le paysage et y croire ne coûte pas grand-chose. Rêve pour moi. Barbouille des pages rêvantes pour nous, des écrans placides. Tout ça. Tout flou, tout floué de rêve, de nouveau, toujours, nous aussi. Ça n'est pas si grave.
Le dernier mètre se fait à pied, les sacs posés vers un beau lieu livré à l'absence de couleurs. Un lieu déjà loin. De tout le reste. Un havre. Un peu loin. C'est déjà bien de s'y poser, de recommencer à y croire.
De l'autre côté du Fleuve, ça s'anime. Il y a une ville ; il y a des gens que le lion contemple au dessus de son caveau de granit. On est de tout là-haut. Enfermé, on ne peut même pas contempler. On répète, on s'obstine. Voici les faits : nous ne figurons pas dans les lignes dessinées de cette urbanité surannée.
Texte©Dhimwoe / Photo©L.C.